LE RISQUE EN PHARMA

   

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Dossier Numéro 15
Septembre 2005

Le risque pharmaceutique, l'internationalisation de la judiciarisation et de l'information

Définition Le risque pharmaceutique, l'internationalisation de la judiciarisation et de l'information, et ses implications financières.

Actualité, quand tu nous tiens !
Les médias se sont emparés depuis longtemps de l'actualité pharmaceutique, que ce soit à propos des espoirs ou des échecs de la recherche, ou sur d'autres thèmes, souvent moralisateurs, ad libitum. Normal, car leurs clients sont très intéressés (et tôt ou tard concernés).
Le retrait du Vioxx a entraîné une couverture médiatique importante, certes à la hauteur du chiffres d'affaires engagé, mais sans différence substantielle avec d'autres cas précédents. 
Et pourtant l'affaire du Vioxx correspond à un point d'inflexion dans les relations entre l'industrie et les médias/Sociétés/patients : MSD fait face à la première "class action" Internationale, y compris Française.

Auparavant, seuls les patients Américains contactaient leurs avocats pour obtenir un dédommagement financier, s'ils avaient été victimes d'un médicament ou d'un dispositif médical (ou d'un autre produit défectueux, même en dehors de la Santé) et la Loi Américaine permettait aux plaignants de se regrouper pour que des cas semblables soient jugés ensemble ("class action"). La situation perdure aux USA (et par effet domino au Canada) et tend même à s'accélérer et à se standardiser, des cabinets d'avocats s'étant fait une spécialité de ces procès. Ainsi, pour le Vioxx, un blockbuster de MSD, immédiatement après son retrait (en Septembre 2004), des milliers de personnes aux USA se sont engagés dans la procédure, les analystes financiers ont dans la foulée estimé le poids financier des procès éventuellement perdus par MSD, la Bourse a sanctionné le titre en parallèle, et même le premier procès au Texas a pu se tenir en un temps record et se solder par une condamnation énorme (seulement quelques mois de délai et US$ 250 Millions). Bien sûr, MSD a fait appel d'une part et d'autre part, il a engagé des transactions à l'amiable avec les victimes ayant suivi le traitement plus de 2 ans, situation où le risque a été démontré.

Ce qui est fondamentalement nouveau, c'est l'extension de ces "class actions" à des patients d'autres pays. 

En France, l'Association d'aide aux victimes des accidents des médicaments (AAAVAM) a transmis 6 dossiers concernant des patients Français à un cabinet d'avocats Californien et 100 autres dossiers seraient transmis à un autre cabinet (et idem en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne ...) pour des procès aux USA, dans le cadre de la loi Américaine (plaintes en nom collectif qui seraient recevables, car MSD est une entreprise US).

Une Première inévitable, compte tenu des discussions actuelles en France pour une législation similaire à celle des USA, et de la mondialisation de l'information sur les retraits de médicaments... et qui nous interpelle aussi par les prolongements qu'elle pourrait susciter.
En voici une liste (non limitative), écrite avec une dose de provocation, pas du tout pour jouer les Cassandres, mais plutôt pour nous pousser à une réflexion approfondie, lucide et pragmatique :
- l'internationalisation de la judiciarisation peut-elle conduire certains patients (ou associations de patients) à engager des poursuites envers un laboratoire producteur Américain si le produit est retiré en France (ou en Europe, ou ailleurs) mais pas encore aux USA? Ou à pousser les médias à demander un retrait mondial? Ou à demander le retrait de produits similaires (par exemple, Cerebrex, dans le cas présent)? 
- a contrario, cette internationalisation de la judiciaristion peut-elle être interrompue, car ce qui vaut pour le système Américain, avec ses caractéristiques propres, ne vaudrait pas pour les autres systèmes de Santé (notamment Européen, de type Bismarkien et/ou Beveridgien)? En ce sens, comment vont évoluer les mentalités des populations et des politiques : revendications pour plus de dédommagements, financiarisation de groupes de pression activistes, prise en charge accrue du risque, accentuation de la mise sous tutelle administrative ou d'experts... ou le contraire?
- la demande d'indemnisation des patients Français aux USA doit-elle être distincte, opposée, exclusive, complémentaire d'une indemnisation par le fonds Français ad hoc (créé par la loi Kouchner)? Le fonds Français va-t-il alors changer son mode de financement et son fonctionnement? Les "class actions" du Vioxx depuis la France vont-elles pousser à transposer la législation chez nous, voire en Europe? Les Américains peuvent-ils accepter de telles demandes étrangères sur des comptes financiers "corporate"?
- la mondialisation de l'information par les médias, et l'instantanéité de sa diffusion, y compris via Internet, rend-elle la situation incontrôlable pour les autorités de tutelle et/ou les autorités politiques (dont le courage est dépendant de leur pouvoir réel et des enjeux ponctuels pour elles), sachant qu'à l'expérience, elle est à peine contrôlable pour les Laboratoires eux-mêmes?
- la proposition de Tom McKillop, Président du groupe AstraZeneca, de commercialiser les nouveaux médicaments progressivement au fur et à mesure des données sur leur pharmacovigilance ("à l'essai"), avec pour corollaire d'autres régimes de brevets et d'autres responsabilités pour les tutelles, peut-elle être sérieusement étudiée?
- les assureurs (et réassureurs) des laboratoires Américains peuvent-ils continuer à faire payer des primes d'assurance pour ces dommages quand le risque n'est plus sérieusement quantifiable et sachant que les retraits précédents ont "asséché" le marché? L'augmentation des primes, des franchises, des restrictions, pourront-elles se traduire par des augmentations de prix publics, ensuite transférées aux Caisses (ou autres payeurs)?
- si le niveau élevé des prix des médicaments aux USA tient compte des risques inhérents à la législation Américaine, les prix administrés en Europe pourront-ils longtemps s'en départir, sans que la critique d'une R&D pharmaceutique majoritairement financée par les Américains ne s'exacerbe?
- si MSD a estimé à 5000 le nombre potentiel total de plaignants aux USA (sur des Millions traités) et, si les assureurs ont calculé les indemnités réelles entre US$ 50 000 et 3 Millions par victime, soit une enveloppe de US$ 3 à 5 Milliards...
... alors, que deviendraient ces estimations avec l'internationalisation généralisée des "class actions" lors du retrait suivant, inéluctable, d'un autre blockbuster? 
- si l'on a compris (admis?) que le risque différentiel, même faible, du Viox justifiait son retrait, en maintenant des concurrents dans la même classe thérapeutique (comme pour Bayer et son hypolipémiant)...
... alors n'a-t-on pas crié "vae victis" bien vite, sans chercher les patients (ou groupe de patients) pour lesquels le ratio bénéfices/risques était meilleur que les dits concurrents?

Pour les décideurs Pharma, une dimension de la mondialisation qui fait froid dans le dos et qui pourrait menacer l'existence même d'Entreprises.

Pour plagier une phrase célèbre (d'un biologiste célèbre !)... "Qui donc joue aux dés" ?


Jean HUBER, Conseil Freelance, Pharmaclient (www.pharmaclient.net)

Initialement mis en ligne le x Septembre sur le premier Blog de l'industrie pharmaceutique en France, "Avenir de la Santé" par GSK

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Actualisation / Updating:  Jan 15 2017