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Signets éditos | n°1 : nouvelle race de dirigeants |

 

9 Janvier 2011
addenda: 23-27 Janvier, 3 Mars 2011, 9 Avril, 12 et 16 Mai, 24 Septembre

CHRONIQUE IDÉES-RÉFLEXIONS n°2 : Médiator, les médias, les acteurs... et des propositions

Le Fait du jour Déballage médiatique sur l'antidiabétique Mediator de Servier. La communication sur papier et Internet se déchaîne. Les institutions scientifiques, Servier et le politique sont interpellés.
Analyse Face à l'emballement médiatique sur l'antidiabétique Médiator (500, puis 1000, puis 2000 morts par valvulopathies sur plus de 30 ans), commençons sobrement par indiquer que si -et seulement si- des dysfonctionnements majeurs sont démontrés aussi bien dans l'administration qu'au sein des Laboratoires Servier, alors ils doivent être corrigés sans concession.
Donc, priorité à l'évaluation objective, sans outrance, sans bouc émissaire a priori.

Comme le rappelle opportunément le LEEM, la sécurité des malades ne peut être transigée, et les Labos pharmaceutiques ont des obligations (légales) de surveillance et de signalement des effets indésirables, obéissant à une réglementation très stricte en matière de pharmacovigilance, pour mieux les prévenir et les maîtriser.
Cela, en coordination avec l'Agence du Médicament, devenue l'AFSSAPS, à laquelle s'est ajoutée l'HAS.

Cependant, à l'évidence, un médicament n’est jamais un produit anodin et chaque médicament n'est autorisé que dans un rapport bénéfices / risques, lequel dans la vraie vie est spécifique à chaque patient.
Un médicament n'est pas sans risques, comme par exemple un simple yaourt.
Un médicament, un antidiabétique par exemple, ne peut convenir à tous les diabétiques (et reléguer tous les autres aux oubliettes).
Au contraire, les réponses sont individuelles et à chaque profil de patient correspond un produit au meilleur rapport bénéfices / risques.
Le Médiator n'est pas différent, et il faut aussi mesurer les bénéfices qu'il a apporté à nombre de malades diabétiques depuis son lancement, avant d'être relayé par d'autres médicaments plus récents pour certains malades, pas pour tous.
Le principe de (sur)-précaution ne peut s'appliquer a priori, l'organisme humain, sain ou malade, est bien plus complexe.

Face à ses faits objectifs, qu'observons-nous ?

  • l'analyse du dossier par les médias est superficielle, voire inexistante : bien peu ont même pris la peine de lire le livre de la pneumologue Bretonne Irène Frachon, le dossier concerné de l'Assurance Maladie (et ses extrapolations statistiques)
  • la surenchère est la règle : nombre de morts (le compte officiel est d'une soixantaine), listes d'autres produits dits dangereux devant être retirés du marché (par des professeurs qui cherchent tribune de notoriété), alors qu'il existe des commissions d'AMM composées d'experts de chacun des segments thérapeutiques concernés au sein de l'EMA Européenne ou de l'AFSSAPS/HAS Françaises... et cela va même jusqu'à demander le retrait de Javlor, un anti-cancéreux, par nature cyto-toxique!)
  • la pelote de l'anathème est déroulée, tous fils confondus : ainsi la revue «Prescrire», suivie par la presse généraliste, s'est targuée de (nous) l'avoir bien dit depuis longtemps en toute perspicacité... alors que 99% des avis de «Prescrire», ce n'est pas un mystère, sont négatifs (médicaments insuffisants, inutiles).

En réalité, quels sont les 3 déterminants rationnels du problème ?

  1. y-a-t-il eu ou non retard ou délai injustifié dans la décision de retirer Médiator du marché Français en raison d'un rapport bénéfices / risques devenu inapproprié?
  2. comment a-t-on pu tolérer aussi longtemps et aussi largement la prescription du Médiator hors de ses indications officielles (le surpoids vrai ou non, hors diabète)?
  3. comment l'ensemble des protagonistes, y compris les médias et les professionnels de santé, peuvent-ils tant tarder à agir ensemble, maintenant, pour amener tous les malades ayant pris du Médiator à une visite médicale de contrôle?

Aux médias qui attisent les braises, indiquons clairement que leur comportement tout aussi aventuriste, l'an dernier, pour la grippe A-H1N1, a aujourd'hui des conséquences fâcheuses sur la vaccination anti-grippale saisonnière (et tout le processus de vaccination) qui sont également mortelles (sur 1 an, et pas sur 30 ans)

A l'Assurance-Maladie et au Politique, proposons 2 mesures structurelles :

  • la mise en place du remboursement ou non en fonction de l'indication officielle ou non dans la prescription : curieusement, c'est une mesure qui était présente dans le plan Soubie de 1992 qui avait constitué l'ossature du plan Juppé-1995... mais la mesure avait été oubliée car techniquement infaisable (informatiquement parlant)... il y a 18 ans !
  • la mise en partage coopérative des données de soins (anonymisées) de l'Assurance-Maladie auprès des laboratoires, des épidémiologistes, des pharmaco-vigiles (comme cela s'amorce avec les complémentaires)... il parait que l'organisation paritaire de l'UNCAM rend la chose impossible... allons donc !
Morale ? La France passe épisodiquement par des scandales qui font vendre du papier (et accessoirement qui font tomber des têtes pas toujours responsables), récemment la canicule, la grippe A-H1N1.

Le pays en sort-il grandi ou plus mûri collectivement ?

Pas sûr. Sauf à considérer que le principe de (sur)-précaution est un progrès dans le traitement des maladies.

Oui, à l'évaluation des dysfonctionnements éventuels du Médiator et à l'indemnisation des victimes avérées.
Non, aux dénigrements systématiques des médicaments, des Labos, des professionnels de Santé, des Institutions scientifiques et à leurs conséquences dramatiques, individuelles et pour la Santé Publique collective.

Addenda (23 -27 Janvier, 3 Mars 2011, 9 Avril, 12 Mai, 16 Mai, 24 Septembre) * Le rapport d'audit de l'IGAS, demandé par le Ministre, a été publié ici le 15 Janvier
* Le Ministre a requis une refonte du système de sécurité sanitaire en France pour Juin 2011 (réponse du LEEM, ici), avec une mission confiée au député UMP de Paris (16ème) et professeur de médecine Bernard Debré (27 Janvier 2011)
* Jacques Servier, fondateur et président du groupe éponyme, a rejeté point par point les conclusions du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), lors de son audition par la mission d'information de l'Assemblée Nationale (3 Mars 2011)
* Le Ministre impose une procédure d'indemnisation des victimes éventuelles via l'ONIAM qui se retournerait ensuite contre Servier (avec pénalités de retard), mais pas contre l'AFSSAPS, ni, pour les off-label, contre les prescripteurs ou la Sécu, pourtant bien au courant via les ALD (9 Avril 2011)
* Le Prof. Jean Acar, professeur de cardiologie retraité qui a contesté les estimations du nombre de décès causés par le Mediator, a maintenu son point de vue jeudi lors d'une audition de la mission d'information de l'Assemblée (12 Mai 2011)
nationale où il était confronté aux épidémiologistes qui ont fait ces estimations
* Les Échos, le 16 Mai, publie une Tribune signée par Guy Vallancien, professeur de chirurgie et économiste, Yves de Prost professeur de médecine (université Paris Descartes), Bernard Nordlinger professeur de chirurgie (université Paris Ouest) qui est con-substantielle du présent éditorial
* Jacques Servier, âgé de 89 ans, et 5 filiales de son groupe ont été mis en examen pour «homicides et blessures involontaires, tromperie aggravée, escroquerie», sachant que partie civile dans ce dossier, la Sécurité sociale a demandé aux juges de contraindre Servier à lui verser € 255 Millions (les complémentaires : € 100 Millions) et que le fonds d'indemnisation des victimes a été installé début Septembre

 

 

 

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CHRONIQUES PRÉCÉDENTES

 

20 Septembre 2010
dernière modification :
25 Septembre 2010

CHRONIQUE IDÉES-RÉFLEXIONS n°1 : une nouvelle race de dirigeants en France

Le Fait du jour Phénomène sans précédent. Plus de 10 dirigeants de grandes filiales des industries de Santé en France ont changé de poste au cours des 6 derniers mois, de Mars à Septembre 2010. C'est plus que jamais, au cours des décennies précédentes.
Analyse Au premier abord, l'observation paraît anecdotique, simplement le fait du hasard.
Au second, ce n'est plus tout à fait le cas.

Bien sûr les mouvements ne concernent pas les entreprises à capitaux Français, publics ou familiaux, mais des filiales étrangères, car chez les Français, les positions ne bougent vraiment que pour les n-1, depuis toujours (une évidence pour les sociétés familiales).
Bien sûr chaque cas a une part significative de spécifique, à l'échelle individuelle.

Ce qui frappe, c'est que les changements concernent des gens qui sont loin de la retraite et qui n'étaient pas en poste dans leur fonction précédente depuis au moins 10 ans, comme avant.
Ce qui frappe aussi, c'est que ces changements ne sont pas liés à un quelconque changement de paradigme, à une crise du marché Français, à des échecs personnels (lancements manqués, crise sociale, déclaration intempestive, que sais-je?).

Non, c'est une nouvelle tendance qui suit mécaniquement la précédente, celle qui voulait que pour faire carrière en France, à partir du milieu des années 90, il fallait avoir une expérience à l'étranger (et les observateurs ont scruté longtemps les nominations en Belgique et le tremplin attendu 2 ans après, puis ont élargi le zoom aux pays à «culture similaire» comme l'Espagne ou l'Italie, puis aux marchés pharmaceutiques émergents (de la Pologne au Mexique).

Simplement, le mouvement s'accélère et se globalise, car l'offre est abondante et nombreux les embarqués au carrousel.

Morale ? Si vous avez moins de 35 ans, de l'ambition, des capacités, un goût certain pour les langues et les cultures différentes, pas nécessairement la nationalité Française, alors vous êtes potentiellement un candidat.

Mais, il ne s'agit plus d'un plan de carrière, patient, voire méticuleux ou organisé (comme les bonnes fées).
Il s'agit d'une option internationale, avec armes et bagages (famille comprise), pour une (belle, voire longue) tranche de vie et atterrissage imprévisible.
Bon vent à ceux qui aiment voir du pays... aujourd'hui les dirigeants potentiels, demain les cadres, pour une toujours plus petite planète !

 


 

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